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Gestion des services : la révolution en marche

Dans une époque de changement qui semble annoncer la fin de l’ancien monde et l’avènement d’un nouveau, la gestion des services TI suit la tendance. Il semble en effet que le changement ce soit maintenant. Les principaux cadres de bonnes pratiques et les normes ITSM viennent d’évoluer tous en même temps ces derniers mois. Le résultat, après un grand débat entre les experts mondiaux du domaine est clair. Le changement est assez radical mais tous vont plus ou moins dans le même sens. Pour les plus conservateurs, il reste possible de limiter la gestion de services aux frontières de l’informatique. Bien sûr il existe toujours également une frange d’insoumis aux référentiels et cadres de bonnes pratiques. Mais pour ceux qui ont compris que le monde est global et que l’entreprise doit être agile et ne peut pas survivre avec des silos, alors, en ITSM, la révolution est en marche! 

Gestion des services TI : la révolution ITSM en marche (COBIT 2019, ITIL 4, VerISM, ISO 20000)
Crédit © rawpixel 2019

Fin février, AXELOS a publié le modèle de base de la nouvelle version d’ITIL sous le titre « ITIL 4 Foundation ». J’ai d’ailleurs écrit mon article précédent sur le contenu de cette publication : ITIL saison 4 – La renaissance longtemps attendue.

Fin d’année dernière, la nouvelle version de l’ISO / CEI 20000-1 a été publiée. En novembre 2018, l’ISACA a également publié la nouvelle version de son cadre de référence de la gouvernance et du management de l’information et des technologies, COBIT 2019. Quelques semaines avant, le niveau professionnel de VeriSM avait également vu le jour. CMMI-SVC a également été publié à son niveau 2.0. Cependant, CMMI-SVC n’étant pas librement disponible, je ne pourrai donc pas vous en parler …

Après une lecture approfondie de chacun et même, pour certain une implication dans leur mise à jour, j’éprouve le sentiment que tous les cadres de gestion des services commencent à se ressembler. Bien sûr c’est compréhensible car il y a le besoin ressenti de s’adapter au monde actuel. Mais, il y a plus. Ils se ressemblent de plus en plus dans architecture même. Peut-être alors serait-il opportun de les fusionner tous ensemble? Cela permettrait d’avoir un seul cadre de gestion des services pour les gouverner tous. C’est d’ailleurs l’ambition affichée par l’ISACA avec COBIT 2019.

Je vais donc décrire les aspects des différents cadres de gestion de services actuels qui me semblent étrangement similaires.

C’est un système avant tout

ISO 20000-1:2018

ISO / IEC 20000-1 définit son cadre comme un système de management de service (SMS) depuis de nombreuses années. Il est défini comme « un système de management permettant de diriger et de contrôler les activités de gestion de services de l’organisation. »

Note 1 à l’article: « Un SMS comprend les règles de gestion de services, les objectifs, les plans, les processus, les informations documentées et les ressources requises pour la planification, la conception, la transition, la fourniture et l’amélioration des services pour répondre aux exigences spécifiées dans ISO / IEC 20000-1. « 

ITIL 4

ITIL 4 est désormais livré avec un système de valeur de service (SVS), défini comme « un modèle représentant la manière dont tous les composants et activités d’une organisation travaillent ensemble pour faciliter la création de valeur ». (la valeur étant l’objectif de fournir un service). Cela ressemble beaucoup au SMS exigé par la norme ISO/IEC 20000-1.

COBIT 2019

COBIT 2019, pour sa part, fournit une cascade d’objectifs partant des besoins de parties prenantes. Ces besoins se déclinent en objectifs d’alignement. Finalement ils se cascadent en objectifs de gouvernance et de management de l’information et des technologies. Tout cela a pour but de satisfaire l’exigence de valeur (bénéfices-risques-ressources) des paries-prenantes grâce à des services de gestion de l’information et des TI. 7 composants (processus, politiques et procédures, information, structures organisationnelles, culture, éthique et comportement, application, infrastructures et services et enfin personnes, connaissances et compétences) soutiennent désormais chaque objectif.

Différences ou similarités?

Y a-t-il une différence? Pas vraiment. Le message commun est le même. Vous avez besoin d’un ensemble complexe d’activités, de processus, de structures organisationnelles, de politiques, etc. qui fonctionnent bien ensemble pour fournir un service. Et l’objectif de ce service est de créer de la valeur pour les parties prenantes de l’organisation. Au premier rang de ces parties prenantes figurent les actionnaires et propriétaires de l’organisation.

Exit les processus dans le nouveau monde

Les processus ne sont plus très en vogue ces temps ci. Il faut bien reconnaître que beaucoup de gens ne comprenaient pas bien ce qu’étaient les processus. Du coup on a assisté à une dérive de l’utilisation des processus au détriment de leurs raisons d’être.  Les processus devenaient LA raison d’être du cadre mis en oeuvre, conduisant à des aberrations flagrantes. Je vous invite à relire mes articles Les changements à l’heure de DevOps ainsi que les trois articles relatifs à l’utilisation catastrophique d’ITIL dans beaucoup d’organisations : ITIL – Les raisons d’échec dans votre organisation, ITIL – 5 erreurs majeures de mise en oeuvre et ITIL – 6 autres erreurs de mise en oeuvre.

Exigences dans ISO 20000-1:2018

ISO / IEC 20000-1, dans la clause 8, fait référence aux exigences relatives aux opérations du système de management. Et chacun reconnaîtra dans ces exigences les processus de gestion de service habituels. Il s’agit simplement d’exigences qui sont logiquement organisées en fonction des domaines d’activité. Ainsi chacun peut définir ses processus à sa guise et les appeler comme il le souhaite. La seule obligation est alors de respecter les exigences.

Pratiques dans ITIL 4

ITIL 4 s’est écarté des 26 processus dans la version 2011 et compte maintenant 34 pratiques de gestion. Ces pratiques incluent désormais les méthodes générales, les procédures de service et les pratiques techniques. Une pratique est explicitement plus qu’un simple processus. C’est « un ensemble de ressources organisationnelles conçues pour accomplir un travail ou réaliser un objectif ». Ce que sont exactement ces ressources (à l’exception des personnes) reste inexpliqué. Mais c’est là que COBIT 2019 vient à la rescousse.

Maillage de gestion dans VeriSM

VeriSM définit un maillage de gestion qui remplit une fonction similaire et comporte des composants similaires: ressources, technologies émergentes, pratiques de gestion et environnement.

L’idée directrice du modèle VeriSM est de construire un modèle d’opération couvrant 4 groupes d’activités en s’appuyant et en mixant intelligemment l’utilisation de pratiques et de facilitateurs issus des 4 pôles du « management maillé » :

  • L’environnement : les éléments « stabilisateurs » (processus, métriques, outillages), les concurrents, la culture, les contraintes légales, etc.
  • Les ressources : équipes, budgets, actifs, connaissance, temps, etc.
  • Les pratiques de management : ITIL / COBIT / CMMI / IT4IT, ISO/CEI 20000, ISO/CEI 27000, DevOps, agilité, lean management, PPM, SIAM, etc.
  • Les technologies émergentes : cloud, containers, IoT, big data, automation, dont certaines ne sont plus forcément émergentes mais désormais intégrées dans la fourniture de services.

Pour chaque produit, ces domaines sont pris en considération et interagissent.

Objectifs de gouvernance des TI dans COBIT 2019

COBIT 2019 définit 40 objectifs de gouvernance et de gestion, qui ressemblent à des processus de COBIT 5. Mais au final, cela va bien au delà des 40 processus. Chaque objectif est atteint grâce à l’exécution d’un processus qui le soutient. Mais il est nécessaire pour atteindre chaque objectif de s’appuyer sur 6 autres composants qui viennent « aider » le processus. Les  « objectifs » de COBIT 2019 ressemblent ainsi davantage aux pratiques d’ITIL 4. COBIT est très explicite sur ce qui constitue ses objectifs. D’ailleurs les composants qui soutiennent les objectifs existaient déjà dans COBIT 5 sous le terme de facilitateurs (« enablers »). On les appelle désormais les sept composants: processus, structures organisationnelles, flux et éléments d’information, personnes, aptitudes et compétences, culture et comportement, politiques et procédures, services, infrastructure et applications. Et c’est exactement ce dont vous avez besoin dans un SMS (ou SVS, si vous voulez).

Le modèle central

Tous les cadres de management et de gouvernance des services s’architecturent autour d’un modèle central (« Core Model »). Cela ne fait que renforcer leurs similarités.

COBIT 2019

COBIT a vraiment été le premier cadre permettant de distinguer gouvernance et gestion des services TI. L’ISACA a adopté l’ISO/IEC 38500 (Gouvernance des TI) dans son modèle et continue de le faire dans sa version 2019. En dehors de cela, le modèle comprend 40 objectifs, qui sont très similaires aux pratiques de ITIL 4.

Dans la version précédente, COBIT 5 s’appuyait sur la norme ISO 15504 qui permettait d’évaluer l’aptitude des processus à créer de la valeur. Mais à quoi sert d’avoir des processus très performants pour la création de valeur s’ils sont mal ou pas utilisés? Dans COBIT 2019, l’ISACA abandonne ce système pour se rapprocher du modèle CMMI qui combine aptitude et maturité. Si les processus sont aptes et que l’organisation est mature alors la création de valeur sera au rendez-vous. COBIT se rapproche donc également de la nouvelle version CMMI-SVC 2.0. Il faut dire que depuis deux ans CMMI appartient désormais à l’ISACA…

ISO 20000-1:2018

Même si c’est le même sous-comité (ISO / IEC JTC1 / SC40) qui développe ISO / IEC 38500 et ISO / IEC 20000, ISO / IEC 20000-1 reste délibérément à l’écart de la gouvernance. C’est une décision voulue de séparer clairement les travaux des deux groupes de travail et de ne pas créer de chevauchement entre les normes. Cela dit, il est évident que les deux normes interagissent. Il vous suffit alors de définir une interface claire entre gouvernance et gestion. En termes de phases des activités de gestion de service, ISO/IEC 20000-1 utilise la séquence planification (Plan), mise en œuvre (Do), maintenance (Check) et amélioration continue (Act).

VeriSM

VeriSM a franchi une étape supplémentaire en définissant un modèle qui commence par la gouvernance (également basé sur ISO/IEC 38500), puis se dirige vers les pratiques de gestion de service via les principes de gestion de service. Ces principes traduisent les conseils reçus de la Gouvernance en pratiques permettant d’orienter les pratiques de gestion des services (elles-mêmes construites à l’aide du maillage de gestion). C’est l’organisation elle-même qui définit ses principes. Les pratiques de gestion des services passent par les phases suivantes: définir, produire, fournir, répondre. On reconnaît là encore le cycle d’amélioration continue décrit dans le PDCA.

ITIL 4

ITIL 4 fait quelque chose de très similaire à VeriSM, mais place ses principes directeurs ITIL (principes définis, contrairement à ceux de VeriSM) avant ceux de gouvernance, ce qui implique que ces principes s’appliquent non seulement à la gestion des services, mais également à la gouvernance dans son ensemble). Les phases ITIL 4 (dans leur chaîne de valeur de service) sont nommées différemment. Mais elles sont similaires à ISO/IEC 20000-1 et à VeriSM. On retrouve planification, engagement, conception et transition, obtention / création, fourniture et support, amélioration.

Adaptation à Lean, Agile, DevOps

Tout le monde veut être Lean, Agile et faire du DevOps ces derniers temps. On critique souvent les cadres de gestion de services classiques. On leur reproche d’être trop normatifs, rigides et lents pour pouvoir être combinés avec ces méthodes modernes. Ce n’est d’ailleurs pas que Lean ou Agile soient très modernes. Lean trouve son origine quelque part vers le milieu du 20e siècle. L’Agile a pour sa part été défini, sur la base des principes Lean, en 2001. Mais c’est la grande mode du moment. Il n’est pas non plus impossible de combiner l’ITSM classique avec les principes Lean et Agile. Il vous suffit seulement de mettre en œuvre vos pratiques ITSM en conséquence.

VeriSM

Quoi qu’il en soit, VeriSM a été le premier à supprimer ouvertement le caractère prescriptif perçu de la gestion des services et a proposé le maillage de gestion décrit ci-dessus. Vous utilisez toutes les ressources, technologies émergentes, pratiques de gestion (c’est là que Lean, Agile et DevOps entrent en jeu), dans n’importe quel environnement dont vous avez besoin en fonction du type de service que vous souhaitez fournir. Ainsi, si vous développez vos services logiciels en vous basant sur les pratiques de DevOps, vous pouvez utiliser VeriSM pour gérer le service. Si vous hébergez une application Internet Banking et souhaitez un contrôle strict des modifications, vous pouvez également le faire avec VeriSM. Cela introduit une flexibilité pratiquement infinie dans la manière dont les organisations peuvent mettre en œuvre leurs pratiques de gestion des services.

ITIL 4

Comme mentionné précédemment, ITIL 4 utilise maintenant des pratiques au lieu de processus. Cela constitue clairement un pas en avant. Le passage aux pratiques offre la même souplesse de mise en oeuvre de la gestion des services que ce que VeriSM avait proposé auparavant. Vous choisissez votre méthode de gestion des services en fonction du service que vous fournissez, tout en prenant appui sur ITIL 4. Notez que les auteurs sont très clairs sur le fait qu’ITIL 4 ne fournit que des lignes directrices. Les meilleures pratiques n’existent plus que dans l’esprit des responsables marketing d’Axelos.

COBIT 2019

De toute évidence, COBIT 2019 reste non normatif. Ses composants peuvent être configurés de sorte que vos services utilisent la méthodologie dont vous avez besoin.

Soutenir la transformation numérique

VeriSM

VeriSM était vraiment le premier framework qui expliquait explicitement que la gestion des services devait être mise à niveau pour prendre en charge la transformation numérique actuelle, où tous les services ont un composant informatique, sont en ligne ou utilisent des technologies modernes. Il s’agissait d’une avancée majeure par rapport à la gestion de services informatiques classique. Celle-ci était davantage axée sur les technologies de l’information et ne tenait pas compte de l’entreprise dans son ensemble. VeriSM indique explicitement que l’organisation dans son ensemble est le fournisseur de services. Ce n’est donc pas seulement le département informatique qui fournit des services.

ITIL 4

ITIL 4 suit cette tendance, en élargissant son champ d’action aux fournisseurs de services en général. D’ailleurs, ITIL 4 évite principalement  l’utilisation de l’expression ITSM. Il est intéressant de noter que ITIL indique que les services modernes ne concernent pas uniquement la numérisation, ni la technologie, mais principalement le mode de fonctionnement des organisations. Moins de silos, plus d’équipes interfonctionnelles.

COBIT 2019

La première phrase de COBIT 2019 dit tout: « À la lumière de la transformation numérique, l’information et la technologie (I & T) sont devenues essentielles pour le soutien, la durabilité et la croissance des entreprises. »

ISO/IEC 20000-1

L’ISO / IEC 20000-1, malgré son abstraction, s’efforce également de réduire la complexité, la quantité de documentation et la capacité de travailler avec des constellations de fournisseurs (voir SIAM). Ceci n’est pas explicite, mais a été pris en compte dans sa refonte.

Conclusion

Quoi de neuf dans la gestion des services? Bien sûr, tous les cadres commencent à se ressembler étrangement. Certains mettent l’accent sur certains aspects plus que d’autres, mais dans l’ensemble, le tableau est clair.

L’objectif du Service Management est de générer de la valeur pour le fournisseur de services et ses clients. L’objectif est atteint grâce à un système organisé de gouvernance et de gestion. Le système consiste en des pratiques dans divers domaines. Ces domaines couvrent les activités commerciales, informatiques et d’autres services du fournisseur de services. La gestion des services passe par différentes phases d’utilisation de pratiques, s’appuyant sur des processus, des ressources, des informations et des technologies. La nature de ces services importe peu, dans la mesure où ils conviennent au type de services que vous fournissez.

En fin de compte, tout cela devrait préparer le fournisseur de services à l’ère numérique. En 2020, les consommateurs s’attendent à tout trouver en ligne. Mais ils veulent un service rapide et efficace, dont la technologie de l’information est un composant intrinsèque. Mais en aucun cas la technologie ne peut être le seul composant du service. C’est un facilitateur, d’ailleurs reconnu sous ce nom dans COBIT 5 et qui devient un composant dans COBIT 2019.

Le moment est-il venu de créer une véritable gestion des services d’entreprise qui aille bien au delà des TI?

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ITIL saison 4 ou la renaissance longtemps attendue

Il en va ainsi des grandes séries à succès. Malgré les épisodes successifs au cours desquels les familles se constituent avant de s’entre-déchirer tout le monde attend la nouvelle saison avec intérêt. Il en va de même pour ITIL. Les familles (OGC, APMG, Cabinet Office, AXELOS) se sont déchirées, les unions se sont faites et défaites. Beaucoup pensaient que les personnages et l’intrigue avaient un peu vieilli. Mais une nouvelle équipe de scénaristes chevronnés vient de mettre au monde la nouvelle saison pour une renaissance espérée et longtemps attendue. ITIL 4 tiendra-t-il ses engagements?

En tout cas, après avoir pu lire le scénario du premier épisode, nous, on y croit. Il en va ainsi des grandes séries à succès. Malgré les épisodes successifs au cours desquels les familles se constituent avant de s’entre-déchirer tout le monde attend la nouvelle saison avec intérêt. Il en va de même pour ITIL. Les familles (OGC, APMG, Cabinet Office, AXELOS) se sont déchirées, les unions se sont faites et défaites. Beaucoup pensaient que les personnages et l’intrigue avaient un peu vieilli. Mais une nouvelle équipe de scénaristes chevronnés vient de mettre au monde la nouvelle saison pour une renaissance espérée et longtemps attendue. ITIL 4 tiendra-t-il ses engagements? En tout cas, après avoir pu lire le scénario du premier épisode, nous, on y croit. 

ITIL 4 : nouvelle saison - Rennaissance longtemps attendue
Crédit © rawpixel 2019

La première chose à savoir sur cette nouvelle saison c’est qu’il s’agit bien d’une nouvelle saison de la même série. Vous y retrouverez tout ce que vous aimiez dans ITIL V3 et ITIL 2011. La particularité de la saison 4 c’est qu’elle se concentre autour de la notion de création de valeur. Bien sûr le personnage central reste le fournisseur de services TI (comprenez la DSI). Mais désormais un autre personnage devient incontournable. Il s’agit bien entendu du client. C’est à dire celui pour qui, et avec qui le service va être conçu, en co-création.


ITIL 4 définit un service comme :

«Un moyen de permettre la co-création de valeur en facilitant les résultats que les clients souhaitent obtenir, sans que le client ait à gérer des coûts et des risques spécifiques.»


La clé pour comprendre ITIL 4 consiste à comprendre comment les termes valeur, résultats, coûts et risques ont été utilisés, et en quoi cela est fondamental pour la fourniture de services informatiques.

Pour bien comprendre ce que tout cela signifie, appuyons-nous sur des définitions extraites de la publication : ITIL 4 Foundation.

Valeur:  «Les avantages, l’utilité et l’importance perçus de quelque chose». Il est essentiel de comprendre que la valeur n’est pas absolue. Elle ne se mesure pas en termes financiers (ou du moins, pas seulement). Nous ne pouvons mesurer la valeur de nos services pour nos clients que si nous comprenons comment ils les perçoivent.

Résultats: Il existe une différence entre les résultats et les résultats du service (extrants). Un résultat est un résultat activé par les extrants d’un service. Par exemple, un extrant d’un service de préparation au permis de conduire peut être le document « permis de conduire » délivré par l’examinateur. Le résultat final, par contre, c’est le fait que vous avez désormais le droit de conduire un véhicule.

Co-création de valeur: en gestion des services TI, en tant que fournisseurs de services, nous ne créons pas de valeur directe pour nos clients. J’ai l’habitude de toujours dire dans les formations que je délivre, que la seule chose que nous créons, ce sont des coûts supplémentaires. Si nous travaillons plutôt avec nos clients, nous pouvons créer de la valeur pour les deux parties (pour nous et pour eux). Le client en a alors clairement pour son argent, car le service lui permet de réaliser quelque chose d’important pour lui.

Par exemple, un service de transport peut permettre à un client de se rendre à une réunion à temps. Le fournisseur de services tire également profit du service. Cela peut prendre la forme d’argent que le client paie pour le service. Mais il existe d’autres types de valeur pour le fournisseur de services. Ainsi, par exemple, il peut développer de nouvelles capacités ou des relations qui lui permettent d’offrir des services supplémentaires.

Gestion des coûts et des risques spécifiques: chaque service élimine certains coûts et risques du client. Par exemple, le client peut ne plus avoir besoin d’employer et de gérer un personnel technique coûteux, car le fournisseur de services dispose de la capacité requise. Chaque service impose également des coûts et des risques au client. Les coûts incluent tous les frais que le client doit payer au fournisseur de service, ainsi que d’autres coûts tels que la formation du personnel ou la fourniture d’une connexion réseau pour lui permettre d’accéder au service. La valeur du service est directement affectée par le solde de ces coûts et risques ajoutés et supprimés.

Les 4 dimensions de la gestion des services

La deuxième chose que vous devez savoir sur ITIL 4, c’est qu’il décrit quatre dimensions de la gestion des services. Ces quatre dimensions doivent être prises en compte afin de garantir qu’une organisation adopte une approche équilibrée. Ces dimensions, ou perspectives, doivent être incluses dans toute conception de service, dans toute conception de gestion de service et dans tout plan d’amélioration. Ce sont:

Les organisations et les personnes: Cela inclut la culture, les systèmes hiérarchiques, les rôles et responsabilités, les connaissances et les compétences nécessaires pour planifier, gérer et fournir des services.

L’information et la technologie: Cette dimension inclut l’information et la technologie associée, nécessaires pour fournir des services (serveurs, stockage, réseaux, bases de données, etc.). Mais cela inclut également l’information et la technologie nécessaires pour gérer ces services (outils ITSM, bases de connaissances, informations de configuration, etc.).

Les partenaires et les fournisseurs: la dimension partenaires et fournisseurs nous aide à prendre en compte toutes les relations nécessaires pour fournir une prestation de services efficace. En effet, dans l’environnement business du 21ème siècle, aucun fournisseur de services ne peut tout faire par lui-même. Nous travaillons tous avec un grand nombre d’organisations, souvent externes, qui contribuent de différentes manières aux services que nous fournissons.

Le flux de valeur et les processus: cette dimension prend en compte toutes les activités, flux de travail, contrôles et procédures nécessaires pour réussir. Ils doivent fonctionner ensemble de manière transparente pour répondre à la demande entrante des clients et des utilisateurs et contribuer à la création de valeur.

Le système de valeur des services (SVS)

La troisième chose que vous devez savoir sur ITIL 4 est qu’il introduit un concept nouveau. Il s’agit du système de valeur de service ITIL (SVS), illustré ci-dessous et extrait de la publication ITIL Foundation.

Le système de valeur des services selon ITIL 4
Crédit © AXELOS 2019

Le SVS invite les praticiens à réfléchir à la manière dont tous les composants nécessaires à la fourniture de services peuvent fonctionner ensemble pour aider à créer de la valeur pour les clients. Il encourage les fournisseurs de services à travailler de manière flexible et en coopération pour créer, eux-mêmes, de la valeur, au lieu de créer des silos individuels et de se concentrer sur l’optimisation de ce qui se passe à l’intérieur de ceux-ci.

Il n’y a plus lieu de définir une structure rigide. Le SVS montre comment combiner des composants de différentes manières pour s’adapter aux circonstances spécifiques.

Examinons de plus près les composants du SVS.

Opportunité, demande et valeur

Comme le montre le diagramme ci-dessus, les opportunités et la demande sont les éléments déclencheurs de tout ce que fait un fournisseur de services. En fin de compte, le système de valeur de service doit permettre la création conjointe de valeur, pour le fournisseur de services, ses clients et d’autres parties prenantes.

La chaîne de valeur du service

La chaîne de valeur des services est au cœur du SVS. Elle décrit six activités essentielles pour répondre à la demande et faciliter la création de valeur.

Le SVS en détail dans ITIL 4
Crédit © AXELOS 2019

Les activités de la chaîne de valeur des services sont les suivantes:

  • Planifier: Cette activité crée des plans, des portefeuilles, des architectures, des politiques, etc. pour assurer une compréhension commune de ce que l’organisation tente de réaliser et de la façon dont cela sera réalisé.
  • Améliorer: cette activité crée des plans et des initiatives d’amélioration pour garantir l’amélioration continue de tous les produits, services et pratiques dans les quatre dimensions de la gestion des services.
  • Engager: Cette activité permet d’engager les parties prenantes et de comprendre leurs besoins.
  • Conception et transition: cette activité crée des services nouveaux et modifiés et veille à ce qu’ils répondent aux attentes des parties prenantes en matière de qualité, de coût et de délai de commercialisation.
  • Obtenir / Construire: cette activité acquiert ou/et crée des composants de service, s’assure qu’ils sont disponibles quand et où ils sont nécessaires et qu’ils répondent aux spécifications convenues.
  • Fournir et soutenir: Cette activité garantit la fourniture des services et leur prise en charge de manière à répondre aux attentes des parties prenantes.

Mais ITIL 4 ne décrit pas simplement ces activités clés. Il fournit également des conseils sur la manière de les planifier, de les gérer et de les améliorer.

Les principes directeurs

Les principes directeurs d’ITIL 4 fournissent des conseils pratiques sur la manière dont les organisations peuvent planifier et gérer leurs services informatiques. Ils peuvent être utilisés pour guider la prise de décision, établir des priorités et sélectionner des opportunités d’amélioration. Ils permettent d’aider une organisation à adopter les idées d’ITIL et à les adapter à leurs contextes spécifiques. Si vous connaissez ITIL Practitioner, vous pouvez reconnaître les principes directeurs d’ITIL. Cependant  ils ont été étendus et mis à jour pour ITIL 4.

Ces principes directeurs ne doivent pas être traités séparément. Vous devez donc penser à chacun d’eux chaque fois que vous devez prendre une décision. Vous pouvez même les imprimer sur une grande feuille de papier et les coller sur le mur de votre salle de réunion. Il s’agit de:

1. Focus sur la valeur

Tout ce que l’organisation fait doit être associé, directement ou indirectement, à la création de valeur pour les parties prenantes. Les plus importants de ces acteurs sont les consommateurs de services, mais la valeur pour les autres acteurs doit également être prise en compte.

2. Commencez où vous êtes

Ne partez pas de zéro et construisez quelque chose de nouveau sans vous préoccuper de ce qui est déjà disponible. Les services, processus, programmes, projets et personnes actuels sont généralement réutilisables.

3. Progressez itérativement avec le feedback

N’essayez pas de tout faire en même temps. Organisez le travail en sections plus petites, faciles à gérer, pouvant être terminées rapidement. Utilisez les commentaires avant, pendant et après chaque itération pour vous assurer que les actions sont ciblées et appropriées, même si les circonstances changent.

4. Collaborer et promouvoir la visibilité

Travailler ensemble à travers les frontières produit des résultats qui ont une plus grande implication, une plus grande pertinence par rapport aux objectifs et une probabilité accrue de succès à long terme. Le travail et les conséquences doivent être rendus visibles, les ordres du jour cachés évités et les informations partagées dans toute la mesure du possible.

5. Penser et travailler de manière holistique

Les résultats en souffriront si l’organisation ne travaille pas sur le service dans son ensemble. Elle ne doit pas travailler seulement sur ses parties. Les résultats sont fournis aux clients par le biais d’une gestion et d’une intégration appropriées des informations, de la technologie, de l’organisation, des personnes, des pratiques, des partenaires et des accords, lesquels doivent tous être coordonnés pour offrir une valeur ajoutée.

6. Restez simple et pratique

Utilisez le nombre minimum d’étapes nécessaires pour atteindre les objectifs. Éliminez tout ce qui ne contribue pas à la création de valeur. Utilisez une réflexion axée sur les résultats pour trouver des solutions pratiques qui produisent des résultats.

7. Optimiser et automatiser

Vous devez optimiser votre travail et éliminer le gaspillage avant d’automatiser quoi que ce soit. Ensuite, utilisez la technologie pour réaliser tout ce dont elle est capable. L’intervention humaine ne devrait se produire que dans les cas où elle apporte une valeur réelle. Tout le reste devrait pouvoir être automatisé.

L’amélioration continue

Pour atteindre l’excellence et matière de services, les organisations ont besoin d’une amélioration constante de chaque aspect du système de gestion des services. Cela inclut l’amélioration de l’ensemble du système, ainsi que de tous les produits, services, composants de service, personnes, pratiques et relations. ITIL 4 définit un modèle d’amélioration continue qui peut aider à orienter et à soutenir la planification de l’amélioration.

ITIL 4 : le modèle d'amélioration continue
Crédit © AXELOS 2019

Vous l’aurez reconnu, ce modèle est hérité du modèle d’amélioration continue d’ITIL V3. Il comporte toutefois une étape supplémentaire « Take action ». Cela permet que le modèle s’appuie sur 7 étapes comme pour les autres référentiels et normes.

Les pratiques décrivent comment le travail est réalisé

ITIL 4 décrit également 34 pratiques qui sous-tendent et soutiennent la chaîne de valeur des services. Ces pratiques incluent de nombreuses fonctionnalités familières aux personnes ayant étudié les versions précédentes d’ITIL. On y retrouve notamment la gestion des incidents, la gestion des problèmes et la gestion des versions. Mais il existe également plusieurs nouveaux domaines tels que la gestion des risques, la gestion de projet et la gestion de l’architecture.

Les pratiques sont beaucoup plus que de simples processus. Elles incluent également des idées issues de chacune des quatre dimensions de la gestion des services (organisations et personnes, information et technologie, partenaires et fournisseurs, chaînes de valeur et processus).

ITIL 4 regroupe les pratiques en trois domaines, mais il est important de réaliser qu’elles ne sont pas indépendantes. ITIL 4 décrit la manière dont différentes combinaisons de pratiques fonctionnent ensemble pour générer de la valeur et décourage les organisations de créer des silos autour de pratiques individuelles.

Je vais simplement énumérer les pratiques ici, car cet article est déjà très long. Je vous en dirai d’avantage sur les pratiques individuelles dans de futurs articles.

Pratiques générales de gestion

  • Gestion d’architecture
  • Amélioration continue
  • Gestion de la sécurité de l’information
  • Gestion des connaissances
  • Mesure et rapport
  • Gestion du changement organisationnel
  • Gestion de portefeuille
  • La gestion de projet
  • Gestion de la relation
  • Gestion des risques
  • La gestion financière des services
  • Gestion de la stratégie
  • Gestion des fournisseurs
  • La gestion des effectifs et des talents

Pratiques de gestion de service

  • Gestion de la disponibilité
  • Analyse commerciale
  • Gestion de la capacité et des performances
  • Le contrôle des changements
  • La gestion des incidents
  • Gestion des actifs informatiques
  • Surveillance et gestion des événements
  • Gestion des problèmes
  • Gestion des versions
  • La gestion du catalogue de services
  • Gestion de la configuration du service
  • Gestion de la continuité de service
  • Conception du service
  • Centre de service
  • Gestion des niveaux de service
  • Gestion des demandes de service
  • Validation et test du service

Pratiques de gestion de la technologie

  • Gestion de déploiement
  • Gestion des infrastructures et des plateformes
  • Développement et gestion de logiciels

La gouvernance

Enfin, ITIL 4 reconnaît que la gouvernance est un élément essentiel du système de valeur de service. La gouvernance dirige et contrôle l’organisation, en veillant à l’alignement des activités de gestion sur les objectifs et les intentions généraux.

ITIL 4 stipule que: «La gouvernance du SVS est réalisée à travers: l’évaluation du SVS, en évaluant le SVS régulièrement, en dirigeant puis en surveillant les performances du SVS». On retrouve d’ailleurs les trois axes de la gouvernance de COBIT (Evaluer, diriger et surveiller).

Malheureusement il faut bien constater la faible adoption de la gouvernance des TI par l’ensemble du secteur et, en fait, la faible compréhension de la gouvernance et de l’alignement sur celle-ci des cadres de meilleures pratiques. ITIL ne fait pas exception. On constate de même une faible utilisation de COBIT, qui reste le principal cadre de gouvernance de l’information et des technologies.

Il s’agit donc d’un autre défi pour ITIL 4: s’aligner sur le système de gouvernance informatique et amener l’entreprise à prendre son rôle au sérieux dans la gouvernance du SVS. La gouvernance est importante pour garantir que les opportunités et les demandes entrant dans le SVS sont hiérarchisées en conséquence pour la performance et la conformité de l’organisation.

Cela garantit que l’entreprise n’exige pas que toutes ses fonctionnalités d’innovation dépassent le besoin de gérer les risques (tels que la dette technique), la conformité et la sécurité.

La gouvernance signifie que la valeur est réalisée en bout de chaîne et que les analyses de rentabilisation ont été réalisées. Il s’agit d’un bon moyen de fournir des informations sur l’efficacité des analyses de rentabilisation au lieu de simplement exiger des fonctionnalités.

Conclusion

Les versions précédentes d’ITIL ont aidé les entreprises à passer d’un processus à un cycle de vie des services. ITIL 4 poursuit ce chemin en se concentrant désormais davantage sur la création de valeur de bout en bout.

ITIL 4 s’appuie donc sur les idées et les processus développés dans les versions précédentes d’ITIL. Il adopte également une vision beaucoup plus large de la gestion des services informatiques. Il prend ainsi en compte tout ce dont les fournisseurs de services et les consommateurs de services ont besoin pour créer de la valeur conjointement.

Les idées et les concepts que vous avez appris dans ITIL V3 sont toujours aussi valables qu’ils l’ont toujours été. Mais ITIL 4 vous aide à les lier dans le cadre d’un système de valeur de service. Si votre organisation adopte cette approche actualisée, vous constaterez que vous serez en mesure de travailler avec vos clients pour créer de la valeur de manière efficace et efficiente!

Vous avez des questions ou des remarques, voire une expérience à partager. Alors, n’hésitez pas à mettre un commentaire à cet article et à lancer le débat. Et si vous aimez nos articles, pourquoi pas un « like » ou un abonnement à notre blog. C’est entièrement gratuit.

ITIL 4 : la co-création au coeur du modèle central

Nous approchons à grands pas de la publication officielle de ITIL 4 annoncée pour le 18 février. En avant-première, voici un des éléments importants de cette nouvelle version. Exit le cycle de vie des services apparu dans ITIL V3. Maintenant, ITIL 4 s’appuie sur un modèle central autour duquel tout s’organise. L’objectif du modèle central d’ITIL 4 est la création de valeur pour l’organisation réalisée sur la base de la co-création. Mais, qu’est-ce que c’est que la co-création? Est-ce une notion nouvelle? Je vais essayer de lever le voile sur cet aspect essentiel.

ITIL 4 : la co-création de valeur au coeur du modèle central
Crédit © rawpixel.com 2019

C’est aujourd’hui, 11 février, que les premiers cours accrédités de préparation à la certification ITIL 4 Foundation commencent à être délivrés. Dans une semaine, le 18 Février, AXELOS publiera officiellement la documentation ITIL 4. Et ce n’est que le 28 février que les premiers examens de certification ITIL 4 Foundation, en Anglais, seront disponibles pour le grand public. Or, à ce jour, AXELOS maintient un secret absolu sur le contenu détaillé de son référentiel de bonnes pratiques. Cependant, les formateurs accrédités, dont j’ai le plaisir de faire partie, ont déjà pu avoir accès à ce contenu. Je vous en livre dans cet article quelques aspects essentiels.

Des services informatiques vitaux pour la transformation numérique

Une étude réalisée par Forbes et BMC en 2017 auprès de 261 CEOs dans le monde montre la façon dont les services informatiques crée de la valeur pour les entreprises dans le cadre de la transformation numérique. Les principaux résultats sont les suivants :

  • La majorité des exécutifs (56%) qui ont répondu admettent que le périmètre des TI change à un rythme extrêmement rapide. Ils reconnaissent qu’il est très difficile de faire face au besoin de compétences indispensables pour répondre aux besoins. L’absence su le marché de compétences TI alignées sur le business est aujourd’hui un des grands challenges.
  • Une large majorité admet que les budgets TI peinent à satisfaire simplement le maintien en état de fonctionnement de ce qui existe. L’absence d’une approche de gestion des services nuit à la compétitivité des entreprises. Trois dirigeants sur quatre s’accordent pour dire que le temps, l’argent et les ressources consacrés à la maintenance et à la gestion courantes (par rapport au développement de nouveaux projets ou aux nouvelles initiatives) affectent la compétitivité globale de leurs organisations.
  • La gestion des services TI joue un rôle crucial dans les principales initiatives de business numérique. Une majorité de cadres, 56%, indiquent que la gestion des services informatiques est soit «extrêmement importante», soit proche d’être vitale dans les efforts de cloud computing ainsi que dans les initiatives de Big Data de leur entreprise. Cinquante-quatre pour cent ont également indiqué que la gestion des services informatiques était «extrêmement importante» ou proche de d’être importante pour soutenir leurs efforts de mobilité. La plus grande contribution de la fonction ITSM aux efforts de transformation numérique réside dans la transparence et la productivité.

Le modèle central d’ITIL 4

L’objectif principal de la nouvelle version du référentiel ITIL 4 est répondre aux besoin des entreprises de la 4ème révolution industrielle. Celle-ci est basée sur une économie numérique. Elle va donc aider à la transformation numérique des organisations.

Nous reviendrons en détail sur le contenu d’ITIL 4 après la publication officielle par AXELOS. Mais, ce qui saute d’abord aux yeux, c’est la création d’un modèle central (« core model »). Et, ce modèle est fondamental. En effet, il constitue le véritable coeur de la création de valeur : le SVS (système de valeur des services). Donc, tout s’articule en son sein et autour de ce système central.

ITIL 4 : le modèle central
© AXELOS 2019

Comme vous pouvez le voir sur le schéma ci-dessus, tout part de la reconnaissance d’opportunités ou de demandes. L’objectif, au travers du SVS, est alors de transformer ces opportunité et demandes en produits et services créant de la valeur pour l’ensemble des parties prenantes. Pour ce faire, l’organisation va s’appuyer sur les éléments de ce modèle, à savoir :

  • les principes directeurs
  • la gouvernance,
  • la chaîne de valeur des services
  • les pratiques (qu’on retrouvait auparavant dans les processus d’ITIL v3)
  • et l’amélioration continue.

Un alignement sur les autres cadres de référence

Ainsi le périmètre d’ITIL 4 change complètement. On sort de la direction informatique pour couvrir l’intégralité de l’organisation avec ses parties-prenantes.

Ce modèle marque un virage très affirmé vers le principe de la valeur des TI pour l’organisation. ITIL 4 renforce le fait que les TI doivent toujours considérer leur contribution directe au succès de l’entreprise et non être perçues comme un centre de coût.

Pour les lecteurs réguliers de ce blog, admettez avec moi que tout cela s’aligne fortement sur un autre référentiel : COBIT.

En mettant d’avantage l’accent sur la « demande » et « l’engagement » avec les parties prenantes, ITIL 4 s’aligne désormais également avec le BRM (Business Relationship Management) qui a le vent en poupe ces dernières années. Si ces concepts étaient déjà présents dans ITIL 2011, ils deviennent dorénavant centraux dans ITIL 4.

L’autre changement important est la reconnaissance et l’intégration de trois grands courants sur le marché. Il s’agit de LeanIT et DevOps et OCM (Organizational Change Management). Avec ITIL 4, ces pratiques sont expliquées et intégrées au cadre de référence.

La co-création au service de la création de valeur

D’après mon expérience, les clients, grands et petits, comprennent que l’alignement conduit à une transformation qui dépasse leurs attentes. Plus les clients réalisent que leur fournisseur s’engage à les écouter, à accepter et à répondre à leurs exigences précises, et plus ils désirent être impliqués dans cette organisation.

La co-création, qu’est-ce que c’est?

La phrase-clé, c’est «être impliqué». Cela prend de plus en plus la forme de ce qu’on appelle la co-création client. Prahalad et Ramaswamy ont défini la co-création comme « la création conjointe de valeur par l’organisation et le client afin de permettre au client de co-construire l’expérience de service pour l’adapter à son contexte. » Dans mon travail, je définis la co-création comme  « la création délibérée de partenariats avec des clients, partenaires ou employés stratégiques pour concevoir, résoudre un problème, améliorer les performances ou créer un nouveau produit, service ou business. »

Le concept existe depuis 2000, mais il a fallu plus de dix ans pour qu’il devienne populaire. La co-création ne se limite pas à créer un comité de clients pour donner leur avis sur un nouveau produit. Ce n’est pas seulement consulter les clients sur une astuce de vente et de marketing. Il s’agit de créer conjointement de la valeur, tant pour le fournisseur que pour les clients. Pour la plupart des managers, l’idée même de faire participer les clients de manière ouverte et transparente est effrayante. Et je ne vous parle pas de leur réaction quand il s’agit de partager des données détaillées avec les clients! Et pourtant, les bénéfices réalisés grâce cette approche devraient les amener à y réfléchir d’avantage.

Un exemple de co-création chez DHL

Je ne vous surprendrai probablement pas si je vous dis que la co-création est au coeur de la stratégie d’Amazon. Cela explique en partie son exceptionnelle croissance depuis plusieurs années. Mais je vais prendre un autre exemple. Il est peut-être un peu moins connu. C’est celui de DHL, le leader mondial de la logistique. DHL fait partie de la plus grande société mondiale de services de courrier et de logistique, Deutsche Post (« DP ») DHL. Vous les connaissez sans doute par leurs camions de livraison jaunes et rouges. Privatisé il y a 15 ans, le groupe DP DHL emploie quelque 350 000 personnes dans le monde. Et il génère un chiffre d’affaires annuel de plus de 60 milliards de dollars. Vous pourriez penser qu’une entreprise de cette taille aurait du mal à être agile et encore moins à fixer des normes en matière d’innovation et de service à la clientèle.

DHL a découvert que ses clients recherchaient de l’aide pour améliorer leurs performances. Et cette amélioration reposait en partie sur leur chaîne logistique. «C’est tout un défi, car nous avons généralement affaire à des chaînes d’approvisionnement mondiales très complexes», a déclaré Bill Meahl, directeur commercial de DHL, «une chaîne qui nous a incités à nous engager dans une aventure de co-création client».

Comment cela a démarré

S’engager sur cette voie signifiait plus que des modifications de processus et de services. Il fallait aussi sélectionner les « bons clients » avec lesquels travailler. Mais il fallait surtout prendre en compte l’approfondissement des capacités des employés afin de comprendre leur incidence sur les activités, la perception et la durabilité des clients. Selon M. Meahl, l’un des facteurs de succès critiques a été d’enseigner aux employés comment «se mettre dans la peau d’un client afin de bien comprendre la dynamique de travail avec les clients». Cette compétence est essentielle pour élaborer une gamme de recommandations viables et de nouvelles solutions qui répondent non seulement aux objectifs du client, mais démontrent également la valeur de DHL en tant que partenaire commercial.

DHL comprend que l’innovation doit être centrée sur le client. Ils veillent notamment à ce que cela se produise en réunissant les clients et leurs partenaires de service DHL dans des centres d’innovation spécialement conçus, basés en Allemagne et à Singapour, pour des ateliers de partage des meilleures pratiques et de création de valeur. L’objectif est d’ «organiser des ateliers pratiques intensifs explorant et comprenant les tendances technologiques, économiques, sociopolitiques et culturelles afin de développer de nouvelles méthodes de gestion des chaînes d’approvisionnement et de la logistique».

Co-création : mode d’emploi

Les sessions commencent parfois par un aperçu de ce à quoi pourrait ressembler une entreprise en 2050. DHL utilise une méthodologie éprouvée de planification de scénarios. L’approche de DHL entraîne les clients dans un voyage dans le temps qui présente une vue à quatre quadrants de ce à quoi le monde pourrait ressembler en 2050. Les quadrants sont radicalement différents les uns des autres. Ainsi, un quadrant est toujours un scénario catastrophique et son contraire un monde parfait. La puissance de la planification par scénario réside dans le fait qu’elle brise les mentalités. L’équipe commune « revient » ensuite en arrière de 2050 à 2020. Cela fournit une plate-forme pour des lignes de tendance, des compétences de base et des problèmes spécifiques à résoudre. À partir de là, l’équipe commune réfléchit aux solutions et aux approches à mettre en oeuvre.

Des résultats concrets

Beaucoup de projets ont été lancés suite aux plus de 6 000 engagements réalisés dans les centres d’innovation de DHL. Parmi ceux-ci et et parmi les résultats d’autres formats de co-création avec les clients, citons:

  • Parcelcopter, un projet de recherche sur la livraison de drones, qui pourrait à l’avenir permettre aux entreprises d’être plus réactives, agiles et économiques.
  • «Lunettes intelligentes» et réalité augmentée, co-créées avec le client de DHL, Ricoh, afin d’améliorer l’efficacité de la gestion des stocks et des entrepôts de 25%.
  • «Maintenance à la demande» (MoDe), co-créé avec le client de DHL, Volvo Trucks, et d’autres partenaires, utilise des capteurs qui renvoient automatiquement les performances des véhicules et des composants afin de déterminer le moment et l’endroit où la maintenance des camions sera requise.
  • IoT Report, un rapport de l’industrie, rédigé par DHL et Cisco, qui a identifié et évalué les implications et les cas d’utilisation des objets connectés dans la logistique.
  • Applications robotiques actuellement testées conjointement avec des clients. Celles-ci partent des chariots automatiques qui aident les préparateurs à effectuer leur travail de manière moins pénible. Et elles vont jusqu’aux robots collaboratifs qui aident les travailleurs à obtenir des services à valeur ajoutée tels que le co-packing.
  • Rapport collaboratif de DHL et d’IBM explorant comment l’intelligence artificielle pourrait considérablement améliorer les activités logistiques actuelles de bout en bout.

Une expérience difficile mais réussie

Meahl admet que le concept de co-création a été initialement accueilli avec scepticisme, tant en interne et qu’en externe. Les clients pensaient que c’était une tactique de vente intelligente. En interne, DHL dispose de plusieurs unités commerciales qui ont des modèles commerciaux différents desservant les mêmes clients. Il fallait identifier les « bons » dirigeants de DHL qui « possédaient ce client ». Ensuite il fallait aligner et coordonner plusieurs équipes afin de produire les résultats des ateliers d’innovation. Tout cela a obligé l’entreprise à examiner de près sa propre structure et ses processus. Et bien entendu elle a été amenée à se réformer pour améliorer son efficacité et son efficience.

Le résultat en vaut la peine. Les scores de satisfaction client sont aujourd’hui supérieurs à 80%. Dans le même temps, les performances de livraison à temps dans le monde sont égales ou supérieures à 97%. Les taux de perte des clients sont en baisse.  Et, de plus,  les revenus provenant des nouveaux services / produits sont en hausse.

Meahl insiste sur le fait que les entreprises doivent structurer leurs organisations et leurs processus en fonction de leurs clients. La co-création est le nouvel enjeu du succès.

L’importance de la co-création dans ITIL 4

En 2019, les technologies jouent un rôle central dans la majorité des domaines d’affaires. Cependant, si ces technologies sont gérées en silo, sans comprendre comment elles contribuent directement à la croissance et l’efficacité, l’entreprise est vouée à l’échec. La principale réflexion à faire suite à ITIL 4 se situe donc  au niveau de la relation entre le « business » et les TI. L’expérience le démontre : la synergie entre les TI et le Business est essentielle. Les organisations deviennent alors plus productives, plus proactives et répondent mieux aux changements du marché.

La définition même du service a évolué dans ITIL 4. Elle est maintenant beaucoup plus claire et plus compréhensible. Elle fait également référence de façon explicite à la co-création.


« Un service est un moyen de permettre la co-création de valeur en facilitant l’obtention des résultats demandés par les clients, sans que les clients n’aient à gérer les coûts et les risques spécifiques. » (ITIL 4)


Il est clair que sans l’implication du client, le fournisseur ne pourra pas satisfaire les attentes de celui-ci. La définition et la mise en oeuvre du service résultent donc d’une co-création entre le client et le fournisseur. Ainsi, c’est la clé-même de la création de valeur qui est au centre du modèle.

Vous pensez que cette évolution dans le bon sens et permettra à ITIL 4 de reprendre son leadership? Au contraire, vous pensez que tout cela n’apporte pas grand chose de nouveau? Vous voulez en savoir plus sur ITIL 4? Alors, ne soyez pas timide, envoyez nous vos remarques et vos questions au travers de vos commentaires.  Et surtout n’hésitez pas à lancer le débat. Nous vous en remercions.

ITIL – Les raisons d’échec dans votre organisation

Souvent la mise en oeuvre des meilleurs pratiques ITSM basées sur ITIL ne produit pas les bénéfices espérés. Nous analysons ici les raisons d’échec des « projets d’implémentation ITIL » parmi les plus courantes. Mais est-ce vraiment ITIL qui est en cause? N’est-ce pas plutôt votre organisation? Essayons de garder un esprit ouvert et d’analyser objectivement les choses.

ITIL : les raisons de l'échec d'implémentation des meilleurs pratiques ITSM dans votre Organisation
Crédit © AdobeStock & Zinkevych 2018

Tout d’abord il faut bien se souvenir de ce qu’est ITIL. ITIL est un cadre de bonnes pratiques pour l’amélioration des services informatiques dans l’entreprise. ITIL n’est pas prescription. Ce n’est pas une méthodologie. C’est simplement un ensemble des meilleurs pratiques recensées dans le monde entier au fil des ans. Ces pratiques se déclinent au travers de processus répartis dans les 5 phases du cycle de vie des services. Elles sont par essence génériques. Ils faut bien évidemment les avoir comprises et surtout avoir compris quels sont les objectifs visés. Ensuite elles doivent être adaptées au cas spécifique de chaque entreprise avant d’être mises en oeuvre. Et c’est là que se produit en général le problème. Nous l’avons d’ailleurs décrit dans deux articles précédemment publiés sur notre blog : ITIL – 5 erreurs majeures de mise en oeuvre et ITIL – 6 autres erreurs de mise en oeuvre.

ITIL : un constat d’échec dans beaucoup d’organisations

Il est clair que le cadre de bonnes pratiques ITIL, vieux maintenant d’une trentaine d’années, a largement fait ses preuves. Pourtant bon nombre d’organisations font un constat d’échec après avoir vainement tenter d’améliorer la qualité de leurs services IT en s’appuyant sur la bibliothèque de meilleures pratiques d’AXELOS. Les résultats ne sont souvent pas à la hauteur de leurs attentes.

Quelques constats entendus chez mes clients

Nous cherchions à réduire les coûts de notre informatique. Ce n’est pas l’objectif d’ITIL. L’objectif est d’améliorer la création de valeur pour les clients.

Nous avons investi dans un outil censé être « certifié » et cela nous a coûté très cher. Dans le meilleur des cas l’outil a coûté cher mais n’a rien amélioré du tout. Dans le pire des cas l’outil a coûté cher et notre informatique est encore moins performante qu’avant.

On a investi un gros budget dans la formation de tous les membres de l’équipe informatique mais rien n’a vraiment changé. Normal, on a formé les gens sur le niveau Foundation dont l’objectif est d’apprendre les concepts et le vocabulaire. C’est très insuffisant pour mettre en oeuvre quelque chose d’aussi complexe.

On a fait appel à un consultant à qui on fait entière confiance car il est certifié ITIL expert. Ca nous a coûté très cher mais tout ce qu’il a fait a échoué. Normal, les bonnes pratiques en gestion des services IT s’appuient sur une co-réalisation entre les métiers et la DSI. Généralement un « Expert ITIL  » est un informaticien, expert dans la maîtrise des processus ITIL sur le domaine de la DSI. Normal donc que cela échoue car il faudrait qu’il soit aussi un praticien certifié au minimum avec une grande expérience business..

Une même raison à ces échecs

Tous ces échecs ont donc une bonne raison. Mais cette raison ne se trouve pas au sein même des pratiques ITIL. Cette raison est toujours liée à la façon dont on a voulu les mettre en oeuvre, sans vraiment en comprendre les enjeux. Souvent cela aboutit à alourdir le fonctionnement de l’organisation et à lui ôter toute possibilité d’agilité. C’est là un comble car c’est ce dont les organisations ont le plus besoin en 2018!

Essayons donc de comprendre ce qui a bien pu se passer pour conduire à cette situation.

Les raisons de l’échec de la mise en oeuvre d’ITIL

Vous utilisez ITIL comme des recettes de cuisine

La première, et sans doute une des plus courantes, raison de l’échec de la mise en oeuvre est de considérer les publications ITIL comme des livres de recettes de cuisine. Ce n’est pas non plus l’évangile. C’est juste un guide et un cadre de bonnes pratiques. Or, dans certaines organisations, certains responsables, à un certain niveau, vraiment emballés par l’idée qu’ITIL pourrait être la solution à leurs problèmes, essaient de mettre en œuvre toutes les directives des livres. Cette approche ne fonctionnera jamais!

ITIL a été créé dans les années 1980 par l’agence centrale d’informatique et de télécommunications du gouvernement britannique. Il n’a jamais été conçu pour devenir un produit exclusif qui serait commercialisé et vendu. Le projet initial était censé rassembler les meilleures pratiques pour contribuer à ce que le gouvernement considérait comme une dépendance croissante à l’égard des technologies de l’information, combiné à un manque de pratiques standard entraînant une augmentation des coûts et des erreurs.

Si ITIL s’est ensuite développé dans les entreprises privées c’est tout simplement parce que cela fonctionne. Mais hélas, pas comme beaucoup d’organisations le pensent.

ITIL fonctionne parce qu’il inclut les meilleures pratiques du domaine. Mais il s’agit simplement d’un cadre. Il ne doit pas être suivi étape par étape. Ce n’est pas une méthode!

Le meilleur moyen de faire en sorte qu’ITIL fonctionne dans votre entreprise est d’adopter les directives et les pratiques qui conviennent à votre entreprise et d’oublier le reste. Cela signifie qu’il faut d’abord bien comprendre le contexte de l’entreprise, sa stratégie business et la capacité des ressources dont elle dispose, que ce soit au niveau humain, financier ou matériel. Il est donc indispensable que le projet de mise en oeuvre des pratiques préconisées soit le résultat d’une collaboration profonde et efficace entre la haute direction, les directions métiers et la DSI. Il ne s’agit pas d’un projet strictement « informatique » comme beaucoup le croient.

Vous vous focalisez beaucoup trop sur les processus

ITIL V3 décrit 26 processus organisés en cinq étapes de cycle de vie des services. Chaque étape du cycle de vie est décrite dans une publication spécifique – Stratégie des services, Conception des services, Transition des services, Exploitation des services et Amélioration continue des services.

Les descriptions de processus d’ITIL V3 incluent des exemples de flux d’activités typiques. Par exemple, la description de la gestion des changements comprend un diagramme intitulé «Exemple de flux de processus pour un changement normale». Mais bien que les livres contiennent beaucoup d’autres excellents contenus, les exemples de flux de processus semblent avoir acquis leur vie propre. Ils sont clairement identifiés comme des exemples de la manière dont vous pourriez effectuer le travail. Or il existe une fâcheuse tendance à les considérer comme des étapes obligatoires: « ITIL dit que c’est comme ça qu’il faut faire ». FAUX! Ce n’est pas du tout ce que les auteurs, à l’origine, voulaient dire.

Il y a aussi un second problème. La conception de services ITIL décrit «les quatre piliers de la conception de services»: personnes, processus, produits (services, technologie et outils) et partenaires (fournisseurs, fabricants et vendeurs). Or, la quasi-totalité de la littérature publiée concerne les processus. Il y a très peu de conseils sur les personnes, les produits et les partenaires.

Cette insistance sur les processus peut conduire à de très mauvaises utilisations ITIL. Certaines organisations se contentent de documenter les processus et pensent avoir dès lors « implémenté » ITIL! D’autres organisations se concentrent sur quelques processus spécifiques et sont souvent déçues des résultats. Certes on ne peut pas tout mettre en oeuvre mais certaines pratiques ne créent de la valeur qu’associées avec d’autres. Il est donc essentiel de les mettre en oeuvre ensemble. Séparément elles ne créeront pas beaucoup de valeur, voire même elles contribueront à la détruire.

Vous mettez en oeuvre les bonnes pratiques en SILOS

Lorsque les organisations adoptent ITIL V3, elles considèrent souvent chacun des processus comme un ensemble d’activités distinct. Chaque processus a flux d’activités et ces flux sont indépendants les uns des autres. Par contre, les activités nécessaires pour créer de la valeur pour nos clients payants dépendent rarement du bon fonctionnement d’un seul processus en particulier. Le plus souvent, pour satisfaire les clients, nous avons besoin d’une combinaison d’éléments issus de plusieurs processus. Par exemple, la résolution d’un problème qui affecte les utilisateurs d’un service peut nécessiter des activités provenant de:

  • La gestion des incidents pour diagnostiquer les incidents remontés par des utilisateurs individuels et proposer des solutions de contournement,
  • Mais aussi la gestion des problèmes pour analyser les causes sous-jacentes et élaborer des solutions à long terme,
  • Sans oublier la gestion des actifs de service et de la configuration pour fournir les informations nécessaires à la gestion des incidents et des problèmes (notamment pour évaluer les impacts),
  • Ni la gestion financière pour  allouer un budget pour pouvoir développer une solution,
  • Bien sûr la gestion de la disponibilité et la gestion de la capacité pour analyser des solutions alternatives et formuler des recommandations,
  • Ainsi que la gestion des mises en production et du déploiement pour planifier le déploiement d’un correctif logiciel ou d’un composant matériel,
  • Sous le contrôle de la gestion des changement pour évaluer, approuver et surveiller le déploiement du logiciel,
  • Avec le support de la coordination de la conception pour superviser la conception et le développement d’une solution,
  • Et potentiellement beaucoup plus…

Lorsque chacun de ces processus a son propre flux d’activités vu de façon indépendante, cela peut entraîner des délais très longs. Nous l’avons d’ailleurs décrit dans un de nos précédents articles: Les changements à l’heure de DEVOPS. Les très bonnes organisations comprennent comment gérer le flux d’activités entre plusieurs processus. Hélas, ITIL V3 ne fournit pas assez de conseils pour aider les autres à bien faire les choses. En réalité, la V3 ne préconise pas de créer un flux d’activités distinct pour chaque processus. Mais c’est l’approche la plus simple à adopter. C’est donc celle que de nombreuses organisations ont mis en place dans le cadre de leur «implémentation d’ITIL».

Vous n’incluez pas les métiers dans la mise en oeuvre

Les mots ITIL et ITSM commencent par «IT» mais cela ne signifie pas qu’elles ne s’appliquent exclusivement qu’à «des initiatives purement informatiques».

Les équipes informatiques ne peuvent plus travailler en silo et implémenter une ITSM basée sur ITIL sans obtenir l’assentiment de tous les membres de la direction ou de toute personne extérieure au département informatique. C’est une recette imparable pour aboutir à une catastrophe. Le service informatique interagit avec le reste de l’entreprise. Il vous faut donc déterminer ce dont les métiers ont besoin pour réussir. Il faut ensuite déterminer la capacité de l’informatique à répondre à ces besoins. C’est ensuite seulement que l’ITSM peut vous aider

Si vous souhaitez réussir à tirer le meilleur parti d ITIL vous devez arriver à l’expliquer de façon compréhensible pour la haute direction. Mais faites attention, ils ne parlent ni le jargon ITIL ni le jargon informatique. Vous devez donc comprendre comment cela peut être bénéfique pour l’entreprise et être capable de le formuler en « termes commerciaux ». C’est à dire que vos arguments doivent porter sur les trois axes qui les intéressent : bénéfices, risques et ressources. Si vous réussissez à le faire, alors vous aurez le soutien et l’investissement des dirigeants. C’est la seule façon de pouvoir démarrer et réussir votre projet.

L’inclusion d’objectifs métier et la compréhension de la valeur métier par la DSI aideront votre équipe et votre entreprise à adopter ITIL afin de faciliter l’obtention de résultats. C’est bien là l’objectif!

Vous n’avez pas créé une feuille de route et un cas d’affaire pour l’adoption et l’adaptation d’ITIL

L’ITSM et ITIL ne concernent pas uniquement la mise en œuvre de processus pour avoir des processus. Trop d’organisations se concentrent tellement sur la mise en œuvre de processus qu’elles ignorent en quoi ces processus sont nécessaires pour atteindre l’objectif général.

L’objectif est de fournir des services qui apportent une valeur ajoutée à l’entreprise.

Créer une feuille de route et la relier à la valeur métier engendrée vous aidera à adopter les bonnes pratiques ITIL afin de prendre en charge les services et de ne pas mettre en œuvre des processus pour le plaisir de les mettre en œuvre.

Si vous êtes trop rigide et que vous essayez de tout mettre en œuvre en même temps sans autre raison que ce que vous estimez devoir faire, votre équipe résistera. C’est pourquoi tant de professionnels de l’informatique pensent que ITIL est trop bureaucratique. Un de mes clients me décrivait récemment ITIL « comme un monstre de bureaucratie« .

De même, si vous lancez de manière aléatoire certaines approches dans certains projets, personne ne sera en mesure de reconnaître en quoi ITIL améliore votre flux de travail.

Une feuille de route étape par étape vous donnera une idée précises de ce que vous devez faire pour adapter ITIL à vos besoins.

Vous pensez qu’un « bon » outil sera la solution à vos problèmes

Il existe beaucoup d’outils prétendument conçus pour aider à adopter ITIL et ITSM par les organisations.

Mais un outil ne va pas comprendre la valeur de l’informatique ni son incidence sur les résultats de votre entreprise. Un outil ne pourra pas comprendre les besoins spécifiques de chaque entreprise.

Un outil est juste un dispositif utilisé pour exécuter une fonction particulière. Les outils peuvent vous aider dans l’adoption des bonnes pratiques mais ils ne vont certainement pas faire le travail à votre place. Un outil vous servira seulement à automatiser certaines activités de vos processus et permettra la communication entre les activités. Vous devez donc faire tout le travail d’adaptation des bonnes pratiques à votre organisation d’abord. Ensuite vous pourrez regarder sur le marché pour trouver l’outil qui correspond le mieux à vos besoins spécifiques.

Vous n’investissez pas assez dans le conseil et la formation

Il existe de nombreux organismes  de formation proposant des cours ITIL Foundation. De nombreux professionnels de l’informatique réussissent leur certification ITIL. Les mêmes se présentent immédiatement comme des consultants ou des formateurs ITIL. Malheureusement une certification ne garantit absolument pas que vous sachiez appliquer les concepts ITIL.

La vérité est que tout le monde peut lire un guide de l’étudiant et apprendre les concepts ITIL, mais cela ne les mènera pas très loin, pas plus que leur organisation d’ailleurs. Comme nous l’avons dit, ITIL est un guide et non un évangile. Vous devez donc comprendre son impact et son intégration dans votre organisation. La seule façon de le faire est d’investir dans le cours de base ITIL avec un instructeur expérimenté qui peut montrer aux étudiants comment appliquer ITIL dans leur organisation. C’est pourquoi AXELOS préconise de suivre des formations auprès d’ATOs (Accredited Training Organizations) qui sont régulièrement auditées pour vérifier la qualité de leurs formations, bien au delà de la simple certification.

De même, de nombreuses organisations commettent l’erreur d’adapter ITIL sans aucune assistance qualifiée. Cela peut fonctionner pendant un petit bout de temps mais, sans aucun doute, au final le quotidien l’emportera et l’adoption échouera. Le résultat sera alors une perte d’argent et de temps sans retour sur investissement. Un consultant qualifié peut aider à éviter les erreurs courantes et à augmenter la vitesse d’adoption. Par contre un consultant qualifié aura un coût qu’il faut intégrer dans le cas d’affaire de votre projet. Ne vous focalisez pas uniquement les coûts mais essayez de voir la véritable création de valeur que peut vous apporter chaque consultant.

Conclusion : ITIL V4 résoudra-t-il vos problèmes?

ITIL V3 contient de très bons conseils, et de nombreuses organisations l’ont utilisé pour les aider à fournir des services informatiques de manière efficace. Toutefois, certaines faiblesses doivent être résolues pour lui permettre de rester pertinent dans un environnement technologique et commercial en rapide mutation. Il doit aider les organisations à créer une culture plus collaborative capable d’éliminer les silos de processus. Il doit prendre en charge les méthodes de travail modernes, en maintenant de bons processus. Mais il doit le faire en mettant davantage l’accent sur les personnes, la technologie et les fournisseurs.

Si votre entreprise a adopté ITIL V3 et trouve que cela fonctionne bien pour vous, vous n’avez pas besoin de jeter ce que vous avez fait, ni d’apporter des changements soudains et radicaux à votre gestion de l’informatique. Mais vous pensez probablement déjà aux changements que vous devez faire, en raison de l’évolution de votre culture organisationnelle et de l’environnement dans lequel vous opérez. Lors de la publication d’ITIL 4, vous constaterez que la version mise à jour est une excellente ressource pour aider votre organisation à réfléchir aux changements que vous devez faire et à la meilleure façon de les apporter. ITIL V4 vous aidera à réussir la difficile transformation numérique de votre organisation.

 

Crédits : Stuart Rance et Doug Tedder

ITIL 4 : De nouvelles certifications

Alors qu’AXELOS travaille toujours sur la prochaine version d’ITIL dénommée ITIL 4, le nouveau schéma de certification vient d’être dévoilé. Nous vous aidons à y voir un peu plus clair. Qu’est-ce qui change? Les certifications ITIL 2011 restent-elles valides? Comment passer d’une certification ITIL 2011 à une certification ITIL 4? Faut-il arrêter de se former et de se certifier sur ITIL 2011?

ITIL 4 - Les nouvelles certifications
Crédit © rawpixel.com 2018

Nous l’évoquions dans un précédent article, la nouvelle version d’ITIL, ITIL 4 est annoncée pour le premier trimestre 2019. Mais d’ores et déjà, AXELOS, propriétaire du cadre de bonnes pratiques, vient de communiquer le schéma de certifications de cette nouvelle version. Plus simple que le précédent qui était une véritable usine à gaz sans apport réel de valeur, le nouveau cursus semble mieux adapté aux besoins. Reste encore à savoir quels seront les contenus des différents modules. A ce jour, le détail n’est pas encore communiqué.

ITIL 4 constitue la plus importante mise à jour depuis l’introduction de ITIL v3 en 2007. Contrairement à l’actualisation de la version 3 en 2011, le début de 2019 sera marqué par des changements majeurs.

Le chiffre 4 ne traduit pas seulement un numéro de version. Le nom, « ITIL 4 », reflète le rôle que ce cadre de meilleures pratiques continuera de jouer pour aider les individus et les organisations à évoluer dans la quatrième révolution industrielle.

Les nouveautés dans le parcours des formations et des certifications

Le nouveau cursus de formations et de certifications est beaucoup plus simple que celui d’ITIL 2011. Il se compose de trois  niveaux de certification et de 5 qualifications au total  :

  1. Niveau fondamental : Certification ITIL Foundation
  2. Deux parcours de spécialisation :
    • Certification ITIL Management Professional : 4 modules
      • ITIL specialist : Create, Deliver & Support
      • ITIL Specialist : Drive Stakeholder Value
      • ITIL Specialist : High Velocity IT
      • ITIL Strategist : Direct, Plan & Improve
    • Certification ITIL Strategic Leader : 2 modules
      • ITIL Strategist : Direct, Plan & Improve
      • ITIL Leader : Digital & IT Strategy
  3. Certification ITIL Master

Notons que le module ITIL Strategist (Direct, Plan & Improve) est commun aux deux parcours. Le principe est que pour chaque parcours, il faut détenir l’ensemble des qualifications correspondantes pour obtenir la certification.

Nouveau parcours de formations et de formations ITIL 4
Crédit © AXELOS 2018

Les nouvelles formations ITIL 4

ITIL 4 Foundation

Le nouveau cours ITIL 4 Foundation sera disponible début 2019. La certification ITIL 4 Foundation reste la certification de niveau d’entrée. Le cours Foundation donnera aux apprenants une connaissance générale des éléments clés, des concepts et de la terminologie et constituera un pré-requis obligatoire pour quiconque souhaitant obtenir les certifications de niveau supérieur.

ITIL 4 Managing Professional

Le cursus ITIL 4 Managing Professional (ITIL MP) fournira des connaissances pratiques et techniques sur comment réussir sa gestion de projets IT, d’équipes et de flux d’activités. Il s’adresse aux professionnels des TI travaillant dans les domaines technologiques et au sein d’équipes chargées de la transformation numérique au sein d’entreprises. Ce cursus est composé de 4 formations :

  • Create, Deliver & Support
  • Drive Stakeholder Value
  • High Velocity IT
  • Direct, Plan & Improve

Trois des cours (Create, Deliver & Support, Drive Stakeholder Value et High Velocity IT) sont des modules « ITIL Specialist » et le dernier (Direct, Plan & Improve) est un module « ITIL Strategist ».

Chacun de ces cours correspond à des objectifs spécifiques. Cependant, pour obtenir la certification ITIL 4 Managing Professional, il est nécessaire de posséder les quatre qualifications du cursus.

ITIL 4 Strategic Leader

Le cursus ITIL 4 Strategic Leader (ITIL SL) reconnaît la valeur d’ITIL, non seulement pour l’informatique, mais aussi pour tous les services numériques.Ce cursus est composé de deux formations :

  • ITIL Strategist – Direct, Plan & Improve
  • ITIL Leader – Digital & IT Strategy

La certification ITIL 4 Strategic Leader n’est accessible qu’aux gestionnaires expérimentés. Ils devront posséder au moins trois ans d’expérience et être également détenteurs de la nouvelle certification ITIL 4 Foundation. Ils devront bien sûr obligatoirement posséder les deux qualifications du cursus. Aucune précision n’a encore été donnée sur la façon dont les apprenants devront démontrer qu’ils possèdent l’expérience requise.

ITIL 4 Master

Accessible uniquement aux détenteurs des certifications ITIL MP et ITIL SL, cette certification sera basée sur une évaluation concrète des compétences. La forme que pourrait prendre cette évaluation sera communiquée ultérieurement par AXELOS.

Validité des certifications ITIL V3 et ITIL 2011

Les certifications ITIL V3 et ITIL 2011 seront remplacées par les certifications ITIL 4 à partir du deuxième semestre 2019. La seule exception concerne la certification Foundation qui sera disponible en principe avant l’été 2019. Elles continueront cependant à être proposées jusqu’à l’été 2020.

AXELOS a d’ores et déjà communiqué qu’il serait possible, grâce à un processus de transition, de passer des certifications ITIL V3 ou ITIL 2011. Le pré-requis pour bénéficier de cette transition est de détenir au minimum 17 points ou une certification Expert dans le cursus actuel. De plus cette transition nécessitera de suivre une formation suivie d’un examen. Elle ne sera proposée que dans le cadre du cursus ITIL Management Professional et ce à partir du second semestre 2019.

Il n’existera pas de « pont » entre l’actuel ITIL 2011 Foundation et ITIL 4 Foundation. Les apprenants devrons donc suivre le cours normal ITIL 4 Foundation et passer l’examen de certification.

Cela signifie que quiconque est déjà sur le chemin d’une certification ITIL Expert a tout intérêt à la poursuivre dans l’année qui vient. C’est donc une excellente nouvelle pour les personnes qui ont déjà beaucoup investi dans le système de qualification v3 ou 2011.

En résumé…

ITIL 4 Foundation sera disponible à partir du premier trimestre 2019. Il n’y a pas de passerelle, vous devez donc passer le nouvel examen.

ITIL Practitioner ne figurera pas dans le nouveau schéma ITIL. Les compétences particulières associées à cette certification seront désormais incluses dans chacun de cursus proposés. Ceci démontre une volonté d’acquisition de compétences plus pratiques dans ITIL 4. Les certifications ITIL V3 et 2011 étaient bien trop théoriques pour être applicables. C’est d’ailleurs une raison du faible intérêt rencontré par ITIL Practitioner.

Les étudiants qui auront obtenu 17 crédits sur v3 ou 2011 peuvent les utiliser pour réaliser une transition  permettant de devenir un gestionnaire professionnel ITIL 4. Toute personne qui étudie déjà pour des cours de niveau Expert ou supérieur devrait donc continuer à le faire.

Vous avez des commentaires ou des questions? N’hésitez pas à commenter cet article et nous vous répondrons avec plaisir.

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